Se faire livrer une pizza ou le dernier jouet
high-tech par un drone, ce n’est pas pour demain et ça pourrait ne jamais
arriver. Même si la réalité rattrape la science-fiction à grand pas, le marché
des drones n’en est qu’à ses toutes premières évolutions. Contrairement à ses
voisins européens et aux Etats-Unis, la France dispose depuis 2012 d’une législation
qui à la fois encadre l’utilisation de ces engins télécommandés et a créé le
cadre légal afin de professionnaliser un secteur en plein développement.
L’Hexagone compte déjà 350 opérateurs de drones et
une trentaine de fabricants. Co-fondateur de l’opérateur Redbird et président
de la toute nouvelle Fédération professionnelle des drones civils, Emmanuel de
Maistre tient à démythifier l’utilisation actuelle des drones et rétablir
quelques vérités sur cet objet volant identifié, largement sujet à fantasme.
Les drones font l’actualité d’une manière insolite
avec la possibilité de se faire livrer par ces engins…
Emmanuel de Maistre - Le grand fantasme est le drone
qui livre des bières, des burritos voire même des livres en Australie. Mais
c’est une farce. C’est interdit même si c’est faisable à condition de le
guider. Cela impliquerait que les pizzerias soient équipées d’une flotte. C’était
juste un coup de pub pour faire le buzz».
Quelle sont les conditions pour opérer un drone en
France ?
E. de M. - La majorité des clients industriels ne
va pas s’équiper en drone mais faire appel à des opérateurs car un drone coûte
entre 10 000 et 50 000 euros. Il faut aussi employer un pilote formé, assuré et
à jour dans sa formation. Le ticket d’entrée sur le marché pour un petit opérateur
industriel est de l’ordre de 100 000 euros tout inclus dont les ingénieurs.
Nous sommes encore sur des contrats qui portent sur des dizaines de milliers d’euros.
Nous passerons bientôt à l’échelon au-dessus, c’est à dire topographier,
surveiller ou analyser des lignes d’électricité ou des conduits de gaz mais ce
n’est pas pour 2014.
Quelle est la législation pour les particuliers ?
E. de M. - Un particulier opère un jouet chez
lui ou dans son jardin mais le particulier n’a pas le droit de voler en ville
au-dessus des voitures. Il ne produit pas non plus d’images même si on voit des
vidéos sur Internet. Ceux qui les réalisent et diffusent risquent des amendes
lourdes car ils ne respectent pas le code du transport aérien. La Gendarmerie
du transport aérien commence à relever des infractions qui se terminent par des
rappels à la loi pour l’instant. C’est très dangereux. Un drone s’est écrasé
dans la foule il y a peu à Barcelone, il faisait 6kg et est tombé de 30 mètres,
il aurait pu y avoir des blessés.
Quelles sont les restrictions pour les entreprises
?
E. de M. - Il faut une autorisation de la
Direction générale de l’aviation civile (DGAC) avec un manuel technique de l’entreprise,
une autorisation pour le pilote même s’il n’y a pas encore de brevet de pilote
de drone. Les drones sont aussi certifiés par la DGAC, soient ils sont de série
et donc déjà approuvés, soit ce sont des créations par un particulier qui
doivent être validées par l’Aviation civile. Il manque un dernier tampon qui
est celui de l’assurance civile en cas d’accident. Il est interdit de survoler
la foule, les lieux sensibles et de dépasser les 150 m car les avions volent à
ce niveau. C’est contraignant mais au moins c’est très clair. La législation n’est
pas parfaite mais elle va évoluer et a le mérite d’exister. Une législation
européenne est attendue pour 2015-2016.
Comment le marché français du drone peut-il évoluer
?
E. de M. - Les constructeurs se structurent et
rachètent d’autres PME. Parmi les opérateurs, il y a beaucoup de petites
entreprises nées grâce à des indemnités chômage mais bientôt il faudra faire du
chiffre d’affaires et tout le monde ne passera pas ce cap. Il y aura aussi des
alliances entre opérateurs et des gens qui voudront vendre à des plus gros. 80%
des dronistes font essentiellement de l’audiovisuel et 20% couvrent l’industriel
dont la surveillance des grands réseaux, la topographie de mines ou de carrières
et l’agriculture. Chaque drone a un marché mais c’est le traitement des images
et des données qui, ensuite, change en fonction du client. Il faut de la
concurrence dans ce secteur pour créer de l’émulation. Les marchés à l’international
sont colossaux que cela soit la topographie de l’Afrique ou de la surveillance
des réseaux d’énergie en Amérique du Sud.
Interview intégralement extraite du journal Le Parisien (2
décembre 2013).