mardi 29 avril 2014

Royaume-Uni : la technologie des drones profite aussi aux cartels mafieux


La technologie du drone a trouvé un usage inattendu en Grande-Bretagne. © DR.
Dans le Shropshire, la mafia utiliserait des drones équipés de caméra à infrarouge pour repérer et extorquer des producteurs illégaux de cannabis.

Les producteurs illégaux de cannabis ? Des cibles idéales pour les cartels mafieux. Car qui parmi eux irait se plaindre à la police d’être victime de chantage et d’extorsion.
C’est ce que raconte un journal local qui relate l’augmentation fulgurante de fermes de cannabis cachées dans les environs de Halesowen, Cradley la Bruyère ou encore Oldbury, des bourgades du comté de Shrope situées à la périphérie de Birmingham.

La technique utilisée par les truands : repérer par drones munis de caméra à infrarouge les bâtiments dont l’image thermique est excessive. Les producteurs illégaux sont en effet obligés d’utiliser des éclairages puissants pour faire pousser la marijuana. Ceux-ci dégageant de fortes chaleurs, ils trahissent la présence des lieux de production.

Les gros bras de la mafia rendent alors visite aux cultivateurs ainsi repérés pour exiger le paiement d'une taxe. Un racket sans risque : les victimes n'oseront évidemment pas porter plainte, étant elles-mêmes dans l'illégalité.

Et le journal de reprendre le témoignage d’un homme d’une trentaine d’années qui participe à ces chantages : « C'est de bonne guerre. Ce n'est pas comme si j'utilisais mon drone pour voir si les gens ont un beau téléviseur. Je cherche juste de la drogue à voler et à vendre. Si vous enfreignez la loi, vous entrez dans mon monde et celui de mon drone ».
Et ce personnage de jurer ne pas utiliser la violence pour son trafic : « Les gens cultivant du cannabis ne sont pas des gangsters, particulièrement à Halesowen, Cradley, la Bruyère et Oldbury… »
Pour Tom Watson, le député local et le président du groupe parlementaire sur des drones : « C’est là la preuve que cette prolifération des drones peut s’avérer aussi bonne que mauvaise ».
Le phénomène inquiète aujourd’hui beaucoup les autorités. En 2012, l'Association de Chief Police Officers rapportait les chiffres suivants : pas moins de 21 fermes de cannabis étaient trouvées chaque jour par la police en Grande-Bretagne et ce nombre de fermes avait doublé depuis 2008.


D’après un article paru dans The Independent (17 avril 2014) UK

vendredi 25 avril 2014

Quand les drones aident l'archéologie


Ruines de la civilisation dans la région du Canyon de Chaco. © John Kahrs.
Les médias américains se sont fait l’écho il y a quelques jours des résultats obtenus dans une campagne de fouille sur la culture Chaco au Nouveau-Mexique. Particularité de cette étude ? Elle a notamment été menée par drone et caméra thermique.

Une équipe d’archéologues travaillant sur le site d’un village antique attribué à la culture Chaco, au Nouveau-Mexique, ont eu l’idée d’équipé un drone d’une camera infra rouge pour affiner leurs recherches sur ce ce qu'ils pensent être notamment des fosses cérémoniales.
C’est ce que révèle une étude publiée au début du mois d’avril dans la revue américaine Journal of Archaeological Science, une étape importante outre Atlantique dans l’évolution des outils utilisés par les chercheurs pour parvenir à éclaircir certaines énigmes.
Voila plus de quarante ans que les archéologues utilisent les images aériennes mais aussi les technologies de type ondes thermiques dans leur travail, mais celles-ci restaient pour le moment onéreuses
Aujourd’hui, une technologie abordable
Avec l’évolution des drones et des technologies qu’ils embarquent, les archéologues peuvent aujourd’hui obtenir des images de très haute qualité. La possibilité de moduler les altitudes et de pouvoir jouer facilement avec les angles de prises de vue multiplie d’autant les usages à des coûts particulièrement attractifs (comptez quelques milliers d’euros pour octocoptère)
Deux archéologues – Jesse Casana, archéologue à l'Université de l'Arkansas, associé au professeur John Kantner de l'Université du Nord Floride – ont ainsi testé le drone dans une zone isolée du Nouveau-Mexique, située au sud du Canyon de Chaco , un ancien centre culturel et religieux de civilisation Pueblo.
D’autres zones de recherche archéologique particulièrement sèches ont déjà été survolées par drone, notamment en Arabie Saoudite et à Chypre. Il s’agit de zones où les écarts entre températures diurnes et nocturnes permettent de récupérer des empreintes thermiques sur les structures de Pierre enterrées par exemple.
Un corps scientifique enthousiaste
Le corps scientifique archéologique s’intéresse de plus en plus à ces nouvelles applications, comme Sarah Parcak, archéologue à l'Université de l'Alabama à Birmingham. En aucune façon impliquée dans les recherches du Nouveau-Mexique, la chercheuse s’enthousiasme déjà pour ses fouilles égyptiennes :

"Ces nouvelles technologies nous montrent des éléments auxquels nous ne nous attendions pas (…) La télédétection aérienne, c’est vraiment comme s’équiper d'yeux au dessus de nos têtes."

Les drones ont pourtant leurs limites. Pour l’heure, sur des questions d’autonomie, (environ 15 minutes de vol) mais aussi sur des problématiques de poids du matériel embarqué. Autres facteurs limitatif : la réglementation fédérale qui pourraient durcir les règles encadrant les vols de drone.
Pour le professeur Kantner, l’augmentation des capacités des drones permettrait d'examiner de vastes zones. Des espaces à terme menacés par des projets d’exploitation pétrolière, gazière ou encore d’uranium programmés dans la région.


D’après un article de S. Montoya Bryan - AP sur KMPH Fox 26 (US).

jeudi 17 avril 2014

"La guerre des drones" aura-t-elle lieu ?


Le côté "obscur" des drones, loin du joujou des particuliers. © DR.
La Chaîne Arte diffusait mardi 15 avril un reportage sur les drones employés par les Etats-Unis d’Amérique pour faire la guerre par technologie interposée contre le terrorisme islamique.

Combien d’Américains sauraient-ils placer le Waziristan sur une carte de monde ? C’est pourtant sur cette région pakistanaise limitrophe de l’Afghanistan que se déversent depuis une dizaine d’années des centaines de missiles largués par drones au nom de la guerre totale lancée par un certain G Bush Junior contre les forces du Mal suite à la plus grosse humiliation subie par l’Oncle Sam un certain 11 septembre : les terroristes…
Enfants, femmes, mais aussi vieillards… Les victimes innocentes de ces bombardements que les spécialistes US appellent hypocritement « chirurgicaux » se comptent aussi par centaines… Au centre de ce sujet sur l'utilisation des drones militaires, la violation manifeste des droits les plus élémentaires des Pakistanais de vivre sans peur de ces bombardements, mais aussi l’emploi de machines télépilotées de haute technologie par des autorités civiles (la CIA, surtout) sans avoir à référer aux organes politiques ni même au peuple américain…
L'œuvre de J. Giraudoux au goût du jour ?
En deux mots, le côté obscur de l’aéronef sans pilote embarqué. « La guerre des drones », reportage de 58 minutes tourné par la ZDF allemande (Der Krieg der Dronhnen) porte le téléspectateur au coeur d’un sujet qui dérange, entre visages figés par la mort de très jeunes enfants, images de surveillance US et impacts des missiles sur leurs cibles, ou encore technocrates américains justifiants des méthodes qui n’ont rien à envier à leurs ennemis…
Aujourd’hui près de 90 pays seraient en mesure d’utiliser les drones à des fins militaires.
Jean Giroudoux en son temps avait dans « La guerre de Troie n’aura pas lieu », souligné le cynisme des politiciens et leur manipulation des symboles et de la notion de droit afin d’arriver à la confrontation finale que l’écrivain soupçonnait : celle de la Seconde Guerre mondiale.
Se pourrait-il qu'avec les drones, la tentation d'une guerre à distance face son bonhomme de chemin, que les engins figurent les armées déshumanisées d’un futur bien proche ? Très certainement, au regard des opinions civiles qui ne supportent plus de voir mourir leurs enfants loin de chez eux…
Et si on envisageait aussi de faire un sujet sur l’usage civil et bienfaiteur des drones ?

Visionner ce reportage sur www.arte.tv.

dimanche 13 avril 2014

Quel visage aura la guerre en 2030 ?


Pour le consultant en géostratégie Percy Kemp, les innovations guerrières, comme la cybernétique et les drones, façonnent le futur de notre civilisation.

Formes sociétales et innovations guerrières entretenant des rapports étroits, que nous apprennent nos techniques de guerre sur le devenir de notre civilisation et les conflits à venir ? Pour tenter d’y répondre, je partirai du mot «cybernétique» (qui a donné «cyber-guerre») et de celui de «drone».
La cybernétique (du grec «kubernêtikê» signifiant l’art de gouverner) est une science des systèmes complexes. S’intéressant moins aux composantes d’un système qu’à leurs interactions, elle tient pour vrai non ce qui peut être prouvé mais ce qui est pertinent avec l’ensemble par-delà toute subjectivité. Fille du glissement de la pensée scientifique vers la pensée systémique, elle a permis à la notion de menace de supplanter celle d’ennemi qui avait marqué les civilisations antérieures, pré-informatiques.
Alors que la Renaissance avait fait de l’individu un être unique, irremplaçable quoique dispensable, notre civilisation informatique en fait un élément indispensable du système, mais un élément qui n’en est pas moins remplaçable. Il en résulte un basculement, par ablation de la spécificité individuelle et éjection de l’individu du centre de l’univers, qui explique que la cyber-guerre s’intéresse moins à des individus en particulier qu’au comportement d’individus au départ indifférenciés, ainsi qu’à leurs interactions.
«We don’t need you !»
Quant à «drone», il nous vient de l’anglais et renvoie au faux-bourdon : l’abeille mâle, dont le rôle se limite à la fécondation de la reine. Or tout comme le faux-bourdon est haploïde, dans la mesure où, né d’un ovule non fécondé de la reine, il ne porte en lui que les chromosomes de cette dernière, de même le drone auquel il a donné son nom est-il lui aussi haploïde, son patrimoine génétique ne comprenant que des chromosomes technologiques issus de l’appareil d’Etat qui l’a conçu, mais nul chromosome humain issu d’un combattant dont il n’a désormais aucunement besoin. La relation guerrière symbiotique entre l’appareil d’Etat et le corps des citoyens se trouvant ainsi rompue, le premier peut enfin s’autonomiser par rapport au second. Et l’affiche de l’appel aux armes de l’Oncle Sam ne hurle plus «We Need you !» mais «We Don’t Need You !».
En outre, tout comme le nombre de faux-bourdons dans la ruche augmente dangereusement dès lors que la reine est trop vieille pour féconder ses ovules, la ruche devenant alors «bourdonneuse», à savoir stérile et improductive, de même, la multiplication incontrôlée des drones dans nos arsenaux militaires présage-t-elle de guerres stériles qui ne relèveraient plus d’un désir de conquête (au sens militaire comme au sens amoureux ) mais d’une volonté de pure éradication, par télé-subjugation à coups de tapettes électroniques. Ce qui suggère que notre civilisation serait atteinte du «syndrome de la ruche bourdonneuse».

Propos tenus par Percy Kemp, auteur de romain d’espionnage et consultant en géostratégie. Libération 2 avril 2014 (Forum de Rennes).

mercredi 9 avril 2014

L'Europe préconise des normes très strictes


L'Europe travaille sur des normes strictes quant à l'usage des drones civils. © Berlaymont.
Ci-dessous l’intégralité du communiqué de presse publié par la Commission européenne le 8 avril 2014 dans les vingt-trois langues que compte l’Union. Il dresse les grandes lignes des normes souhaitées par Bruxelles concernant le marché et les usages des drones civils.

« La Commission européenne a proposé aujourd’hui de fixer de nouvelles normes strictes pour réglementer les activités des drones (systèmes d'aéronef télépiloté, RPAS) à usage civil. Les nouvelles normes porteront sur la sécurité, la sûreté, le respect de la vie privée, la protection des données, l'assurance et la responsabilité. L’objectif est de permettre à l’industrie européenne de devenir l’un des leaders mondiaux du marché pour cette technologie émergente, tout en assurant la mise en place de toutes les garanties nécessaires.
Les drones civils sont de plus en plus utilisés en Europe, notamment dans des pays comme la Suède, la France et le Royaume-Uni, et dans différents secteurs, mais leur cadre réglementaire est fragmenté. Des règles nationales de base s’appliquent en matière de sécurité, cependant elles varient à travers l’UE et un certain nombre de garanties pourtant essentielles ne sont pas traitées de manière harmonisée.

M. Siim Kallas, vice-président de la Commission chargé des transports, a déclaré à ce sujet: « Les drones civils permettent de vérifier les dégradations des ponts routiers et ferroviaires, de suivre l'évolution de catastrophes naturelles telles que des inondations et de pulvériser les cultures de manière extrêmement précise. Il en existe de toutes les formes et de toutes les dimensions. Un jour ils pourront même vous livrer les livres commandés auprès de votre détaillant en ligne préféré. Mais bon nombre de personnes, dont moi-même, sont préoccupées par les questions de sécurité, de sûreté et de protection de la vie privée que posent ces dispositifs. »
La technologie des drones civils arrive à maturité et offre un grand potentiel de création de croissance et d’emploi. Selon certaines estimations, elle pourrait acquérir dans les dix prochaines années une valeur représentant 10 % du marché de l’aviation, c'est-à-dire 15 milliards d’EUR par an. «C'est le moment ou jamais de prendre ces mesures, a ajouté le vice-président, et de les prendre au niveau européen. Car les aéronefs télépilotés vont franchir les frontières, presque par définition, et l’industrie en est encore à ses balbutiements. L'occasion nous est offerte de définir un ensemble unique de règles que chacun pourra appliquer dans son travail, tout comme nous le faisons pour les aéronefs de plus grande taille.»

Les nouvelles normes couvriront les domaines suivants

Des règles strictes à l’échelle de l’UE concernant les agréments de sécurité.
La sécurité est l’objectif premier de la politique de l’UE en matière de transports aériens. Les normes de l’UE seront fondées sur le principe que les aéronefs pilotés à distance doivent offrir un niveau de sécurité équivalent à celui des opérations aériennes avec pilote à bord. L’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) va entamer l'élaboration de normes européennes spécifiques pour les aéronefs télépilotés.

Des contrôles rigoureux du respect de la vie privée et de la protection des données.
Les données collectées par les drones devront être conformes aux règles applicables en matière de protection des données et les autorités chargées de la protection des données devront surveiller la collecte et le traitement ultérieur des données à caractère personnel. La Commission examinera comment garantir que les règles de protection des données s’appliquent pleinement aux aéronefs télépilotés et proposera des modifications ou des orientations spécifiques en tant que de besoin.

Des contrôles sévères pour garantir la sûreté.
Les drones civils, comme tout autre aéronef, peuvent donner lieu à d’éventuelles interventions illicites et menaces pour la sûreté. L’AESA commencera à définir les exigences requises en matière de sûreté, notamment pour protéger les flux d'information, et proposera ensuite des obligations légales spécifiques pour tous les acteurs concernés (par exemple, les responsables de la gestion du trafic aérien, l’exploitant, les prestataires de services de télécommunications), que les autorités nationales devront faire respecter.

Un cadre clair en matière de responsabilité et d'assurance.
Le régime actuel d’assurance responsabilité civile a été essentiellement conçu pour des aéronefs avec équipage et prévoit que la masse (à partir de 500 kg) détermine le montant minimum de l’assurance. La Commission étudiera la nécessité de modifier les règles existantes de manière à tenir compte des spécificités des aéronefs télépilotés.

Rationalisation de la R&D et soutien en faveur des nouvelles entreprises.
La Commission va rationaliser les travaux de R&D, notamment les fonds de l’UE consacrés à la R&D qui sont gérés par l'entreprise commune SESAR (ciel unique européen) afin que les délais restent les plus courts possibles pour les technologies prometteuses permettant d'intégrer les drones dans l’espace aérien européen. Les PME et les start-ups de ce secteur bénéficieront d'un soutien à l’industrie en vue de développer les technologies appropriées (programmes Horizon 2020 et COSME).

Quelles seront les prochaines étapes ?

La Commission réalisera en 2014 une analyse (d’impact) approfondie afin d’examiner les problèmes et de définir les meilleures solutions pour y remédier. Cette analyse pourra être suivie d’une proposition législative, qui devra être approuvée par les États membres et par le Parlement européen. Par ailleurs, l’AESA peut immédiatement s'atteler à l'établissement des normes de sécurité requises. D’autres mesures pourront comprendre des actions de soutien dans le cadre de programmes de l'UE existants tels que SESAR, Horizon 2020 ou COSME. Tous ces efforts visent la réalisation de l’objectif énoncé par le Conseil européen de décembre 2013 d’assurer l’intégration progressive des RPAS dans l’espace aérien à partir de 2016.  »

Source : Press Releases Database sur le site europa.eu